Dans le peloton de tête des empêcheurs de voyager / travailler en rond, les pilotes et personnels navigants occupent une place qui ne se dément pas d'année en année, position confortée avec l'annonce que les principaux syndicats de pilotes appellent à une grève du 6 au 9 février prochain...
Le motif de ce Nème mouvement social ?
Une réaction parfaitement puérile et corporatiste suite à l'adoption cette nuit par l'Assemblée Nationale d'un texte de loi contraignant dorénavant les grévistes du transport aérien à se déclarer 48 heures à l'avance, afin qu'entreprises et passagers puissent s'organiser en conséquence.
Le texte du projet de loi, tel qu'il a été soumis aux députés, est accessible en ligne sur le site de l'Assemblée Nationale.
Extraits des articles présentés au vote du parlement :
« En cas de grève et pendant toute la durée du mouvement, les salariés dont l’absence est de nature à affecter directement la réalisation des vols, informent, au plus tard quarante-huit heures avant de participer à la grève, le chef d’entreprise ou la personne désignée par lui de leur intention d’y participer. »
« Les informations issues de ces déclarations individuelles ne peuvent être utilisées que pour l’organisation de l’activité durant la grève en vue d’en informer les passagers. Elles sont couvertes par le secret professionnel. Leur utilisation à d’autres fins ou leur communication à toute personne autre que celles désignées par l’employeur comme étant chargées de l’organisation du service est passible des peines prévues à l’article 226-13 du code pénal. »
« Est passible d’une sanction disciplinaire le salarié qui n’a pas informé son employeur de son intention de participer à la grève dans les conditions prévues au présent article. »
« En cas de perturbation du trafic aérien liée à une grève dans une entreprise mentionnée à l’article 1, tout passager a le droit de disposer d’une information gratuite, précise et fiable sur l’activité assurée. Cette information doit être délivrée aux passagers par l’entreprise de transport aérien dans la mesure du possible au plus tard vingt-quatre heures avant le début de la perturbation. »Texte frappé du bon sens le plus élémentaire...
Un article paru dans Le Figaro sous le titre « Une loi pour mettre fin aux 350 grèves par an dans l'aérien » en dit long sur l'état d'esprit des personnels concernés :
« Concrètement, le projet de loi prévoit que les salariés grévistes se déclarent 48 heures avant le début du mouvement pour permettre à leur entreprise de s'organiser afin d'assurer le meilleur niveau de trafic possible et surtout d'annoncer avec fiabilité son programme de vol. La proposition de loi prévoit même « une sanction disciplinaire » pour ceux qui ne se plieraient pas à cette obligation. En amont, obligation est également faite à la direction des entreprises et à ses syndicats de renforcer le dialogue social pour éviter les grèves. »
« Ce texte doit permettre de réduire le nombre important de grèves dans le secteur aérien. Selon le ministère des Transports, 1131 conflits y ont été dénombrés en trois ans: 392 en 2009, 379 en 2010 et 360 en 2011. Ce chiffre représente 176 jours de perturbation, dont 63 jours en 2011 auxquels il faut ajouter toujours en 2011 quatre mois de grève perlée (ralentissement de l'activité) chez deux catégories d'agents au sol d'Air France. »
« Très remontés contre ce projet de loi, les syndicats de l'aérien dénoncent une atteinte au droit de grève. Le principal syndicat de pilotes, le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL), a d'ailleurs annoncé qu'il allait déposer un préavis de grève de quatre jours au début du mois de février pour protester contre la proposition de loi. « On n'en veut pas, on se battra contre parce que c'est clairement une atteinte au droit de grève », a expliqué l'un de ses dirigeants en fin de semaine dernière. »Le Figaro relève ainsi à juste titre :
« Des arguments qui ne devraient pas tenir longtemps face à la grogne des passagers. D'autant que les arguments des syndicats peuvent paraître discutables. Le projet de loi présenté mardi, qui ne fait que reprendre la loi sur le service garanti adoptée en 2007 pour les transports terrestres, est bien un « service garanti » et non un « service minimum ». Grâce à la déclaration initiale d'intention (la « DII » selon le terme utilisé par les professionnels du secteur), les entreprises peuvent s'engager sur le trafic qu'elles vont assurer. « Lorsqu'un préavis est déposé à la SNCF, la RATP ou dans les transports urbains des villes de province, l'entreprise a 24 heures pour s'organiser et optimiser sa grille de transport, explique un cadre de la SNCF. Le service garanti a permis de mieux assurer un service public sans empêcher ceux qui le souhaitent de faire grève ». »Relevé ce jour sur le site du SNPL :
« LE DROIT DE GRÈVE N'EST PAS NÉGOCIABLE »
« Le SNPL dénonce la volonté du Président de la République, du Gouvernement et de sa majorité d'attaquer, à la veille de la campagne électorale, le droit de grève des salariés du secteur privé bien qu'il s'agisse d'un droit constitutionnel. »La mauvaise foi érigée en dogme absolu, en oubliant au passage que si le droit de grève est, certes, un droit constitutionnel, celui de circuler librement en France l'est tout autant...
Depuis le vote de la loi sur les transports terrestres et son application dans les faits, nous autres pauvres passagers, subissant le diktat de gens qui n'ont de professionnels que le nom, avons au moins la possibilité d'être informés à l'avance par mail de ce qui fonctionnera ou non.
L'aérien échappait à tout contrôle, de par sa position élevée, peut-être ?
Les pilotes sentent la naphtaline et constituent l'une des dernières castes encore en activité, un groupe d'individus dont la mentalité est restée figée à l'époque où Mermoz traversait la Cordillère des Andes à ses risques et périls.
Qu'ils atterrissent enfin, nos chers pilotes, et découvrent que le monde a évolué autour d'eux.
Aujourd'hui, l'aura entourant le métier d'aviateur à l'époque de Mermoz n'a plus aucune légitimité.
Il est grand temps pour eux en effet de s'apercevoir que les passagers situés derrière eux dans la carlingue ne sont pas du bétail que l'on peut parquer à son bon vouloir dans un aéroport en attendant que « Môssieur » le commandant de bord et son équipage aient l'amabilité de prendre, ou non, les commandes de leur coucou.
Passager régulier depuis plus de ving cinq ans entre la région parisienne et le sud-ouest, autrefois sur Air Inter, aujourd'hui avec Air France, j'avoue en avoir franchement ma claque, voyageur lambda que je suis, de devoir supporter des rigolos qui s'arrogent le droit de décider si je peux avoir ou non la prestation que l'on attend d'eux.
Que l'on veuille défendre les droits des travailleurs face à l'affreux capitalisme rampant, tout individu un brin sensé ne peut que souscrire à cette option.
A contrario, que l'on défende bec et ongles une caste dont le seul fait d'armes remarquable est de prendre les autres pour des imbéciles est, de loin, de nature à me rendre un tantinet bougon.
Messieurs les pilotes, devenez adultes et prenez (enfin) vos responsabilités si tant est que vous en soyiez capables.
A mon sens, devoir prévenir son entreprise du fait que l'on sera en grève 48 heures plus tard n'est pas à ce point insurmontable que cela doive vous plonger dans le stress le plus profond.
C'est, a minima, une preuve de conscience professionnelle (je n'ose même pas parler de respect) envers des passagers desquels, que vous le vouliez ou non, dépend votre salaire en fin de mois.
Ah pour sûr, devoir se déclarer en grève 48 heures à l'avance alors qu'on se trouve au bout du monde est de nature à rendre dépressifs nos braves pilotes et personnels navigants, éloignés qu'ils sont de leurs chères têtes blondes, contraints à faire du tourisme en attendant de reprendre le manche...
Lorsque j'aurai cinq minutes de temps libre devant moi je compatirai assurément aux difficultés qui sont les vôtres, malheurs pour lesquels, osons le dire, vous êtes tout de même plutôt bien rémunérés.
Il est bien loin le temps où le passager restait béat d'admiration devant un gars dans un beau costume, une belle casquette vissée sur la tête et des galons sur l'épaule...
A trop vouloir tirer sur la corde, force est de constater que vous avez quitté le statut de travailleurs privilégiés pour redescendre de quelques niveaux de vol et rejoindre le commun des mortels.
Constat dur à avaler lorsque l'ego est à ce point surdimensionné, mais c'est un fait acquis.
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